And anytime you feel the pain, hey Jude, refrain.

J'avais oublié qu'un jour, ma mère m'avait demandé si je voulais aller voir un psy. Je devais être en cinquième ou en quatrième, période où ça n'allait pas fort. En entrant au collège, on m'a aussi volé mon innocence. Je pense qu'on ne nous prépare pas assez, la primaire, c'est trop mignon, c'est pas la réalité. A la fin de mon année de CM2, on avait joué une pièce de théâtre où on avait peint le décor sur du carton : personne ne pouvait être prêt. C'est comme si on m'avait foutu une belle gifle en pleine gueule, mais je crois que ça allait. Je me sentais seule, j'avais toujours cette peur que mes amies me remplacent  parce que je n'étais pas assez jolie, pas assez populaire etc. J'avais de bonnes notes et ma mère ne voyait rien, personne ne voyait rien en fin de compte. Je crois que le fait d'avoir de bonnes notes m'a toujours motivée, je sais que je suis bonne dans en moins un truc et ça ma redonnait un peu d'estime de moi. 

A cette époque déjà, j'écrivais, j'en ressentais le besoin. Je n'écrivais pas encore sur les blogs, mais sur word, pas des textes à la première personne comme ici, je généralisais un peu plus la chose. Je crois que je les avais retrouvé un jour et que j'avais tout supprimé, sur un coup de tête. Je regrette un peu aujourd'hui. Il faudrait que je fouille un peu sur mon gros ordi pour voir si je n'en retrouve pas quelques uns. 

Le fait de rentrer au collège sans transition et seule a été plutôt dur. J'aurais eu besoin de soutien de ma famille, mais cela n'a pas été le cas. Ma mère n'est pas du tout du genre à me demander comment s'était passée ma journée lorsque je rentrais le soir. Plus affligeant encore, lorsque je rentre après une rentrée de septembre, elle ne me demande rien. Lorsque je suis rentrée pour la première fois du lycée, elle ne m'avait rien dit. Elle ne m'avait pas demandé si ça avait été dans le bus, comment je trouvais le lycée, si je connaissais des gens dans ma classe, si je m'étais fait des amis ou si mes profs me plaisaient. Alors, c'était encore moi qui avait engagé la conversation, comme toujours. 

Cette année, je suis rentrée du lycée comme si de rien n'était. A force, je commence à me comporter de la même manière qu'elle, si elle veut des nouvelles de moi, elle n'a qu'à me demander, j'en ai marre de toujours devoir faire le premier pas. Elle était venu me voir le soir dans  ma chambre :

"Alors, ça a été ta rentrée ?"
"Oui, ça va."

Rien de plus.

Son manque d'intérêt vis à vis de moi m'énerve. Je ne comprends pas pourquoi elle se comporte comme ça avec moi. C'est loin d'être une mère indigne, je ne sais pas ce qui la bloque. 
De même, elle ne me demande jamais rien pour mes notes, si je lui dis que mon conseil de classe est mardi soir, le lendemain elle aura oublié. Elle ne s'inquiète pas non plus pour mon post-bac, je lui ai pourtant expliqué comme cela se passait, mais rien non plus. De toute façon, même si elle voudrait m'aider, je ne vois pas comment elle ferait puisqu'elle n'y connait rien. Mais un "Alors, ça avance tes voeux pour l'année prochaine?", ne me ferait pas de mal, et pourtant, ce n'est pas grand chose.

Je crois qu'avec un peu de recul, cela m'aurait fait du bien de parler à un psy. Cela m'aurait ôté cet énorme poids que je porte encore aujourd'hui. A l'époque déjà, je crois que j'en avais conscience. Mon schéma familial est loin d'être traditionnel, ma famille a vécu énormément d'épreuves, et quand je réfléchis à tout ce qu'il s'est passé, je me dis que ce n'est pas possible qu'il soit arrivé autant de choses dans une seule famille.  J'aurais aimé en parler, mais j'avais juste répondu "non", un "non" qui lui avait suffit. Si j'avais répondu "non", je crois que c'était pour elle et pour ma famille. Je ne voulais pas qu'elle comprenne qu'elle n'avait pas réussis avec moi malgré tous ses efforts, je voulais la protéger. Je pense qu'elle a déjà assez souffert dans sa vie et je n'ai pas envie d'en rajouter une couche. Je pense que je peux porter un peu de souffrance pour préserver le peu de bonheur qu'il lui reste.

14 commentaires

  1. HS mais, j'étais comme une dingue quand j'ai vu que le flic était de meches avec ceux qui ont pris en otage Nathan !! L'épisode de la semaine prochaine s'annonce vraiment stressant :D

    RépondreSupprimer
  2. J'pense que ta maman est vraiment persuadée que tout va bien pour toi.

    RépondreSupprimer
  3. Tes articles qui parlent de ta famille, et en particulier de ta mère, arrivent toujours à me toucher... Je ne comprends pas qu'une mère puisse se comporter de cette manière... J'trouve ça juste bizarre.
    En tout cas, je compatis, je comprends bien que ce n'est pas un "manque" d'amour mais juste de l'indifférence... et des fois c'est pire.
    Bon courage.

    strawberryav

    RépondreSupprimer
  4. A propos de la bourse, ça dépend si tes parents sont encore mariés, ou divorcés, si t'as une pension alimentaire, blablabla. Tant de détails qui nous obligent à nous replonger dans nos problèmes familiaux, c'est horrible. Parce que chez eux, il faut tout justifier (date de mariage, date de divorce, date de remariage, beau père, belle mère, demi frère etc..).

    RépondreSupprimer
  5. Bah non, dans ce cas je vois pourquoi ils te la refuseraient étant donné qu'il ne t'apporte pas de ressources supplémentaires. Tu sais, la bourse du Crous est beaucoup plus facile à obtenir que les bourses qu'on avait au lycée !

    RépondreSupprimer
  6. Je suis dans la même situation, avant je pleurais pour ça, maintenant je l'ignore. Juste que le truc, c'est que je me dis que si ma mère ne me demandait rien, il n'y a pas pour autant d'excuse. Je suis dans la logique du "si elle s'intéressait à moi, elle aurait poser NATURELLEMENT des questions" tu vois ce que je veux dire ? Y'a pas de "elle est fatiguée" ou je sais pas quoi parce que même fatiguée, tu peux te poser des questions sur ta fille. C'est comme l'autre jour où je lui montrais une brochure du master que je voulais faire. Je suis en information-communication, je fais du journalisme et tout et la meuf me demande "c'est quoi "média" ?" (elle parle bien le français courant mais manque de vocabulaire un peu "poussé" parfois)

    Je suis presque tombée des nues quoi. J'veux dire, les médias, c'est quand même LE CENTRE de mes études et si elle s'y intéressait UN MINIMUM, on en serait pas là. J'ai retenu mes larmes. C'est pas la peine de pleurer pour ça. Jveux bien qu'elle soit fatiguée par son boulot, jveux bien qu'elle ai d'autres préoccupations, jveux bien qu'elle ne soit pas au courant du moindre partiel que je passe, mais quand même, on en arrive à un point où VRAIMENT, ça svoit qu'elle en a rien à foutre de mes études, et par conséquent, de moi. Tant qu'elle peut me gaver de tout cette bouffe qu'elle achète en trop, elle estime que j'dois être heureuse, qu'elle prend soin de moi. Comment c'est possible, une telle connerie, une telle conception de l'éducation, et pire, de l'amour. Car cette meuf est persuadée qu'elle m'aime. Elle est tellement aveuglée par sa propre conception des choses qu'elle crée en moi un mal être dont je n'arrive pas à me séparer. C'est horrible.

    RépondreSupprimer
  7. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

    RépondreSupprimer
  8. Parle lui. Si elle ne te demande rien c'est qu'elle veut se convaincre que tout va bien. Tu n'as pas choisi de subir ça. Alors dis lui que ça ne va pas..

    RépondreSupprimer
  9. PS : Merci de ne pas valider mon commentaire puisque c'est un peu personnel. :)

    RépondreSupprimer
  10. @Anonyme : j'ai supprimé ton commentaire. Merci de t'être confiée à moi. Je comprends que cette période est été difficile pour toi. Pour ma mère, en fin de compte, on est un peu pareil toutes les deux. Nous sommes deux personnes très réservées ce qui fait qu'on ne sait pas se dire les choses et qu'on a beaucoup de mal à faire le premier pas...
    A bientôt.

    RépondreSupprimer
  11. Non parce que parfois, ça relève juste du bon sens. Avec aussi peu d'argent pour vivre, on évite d'acheter 3 plaquettes de carpaccio de saumon à 6€ chacune par exemple. C'est un manque de logique qui déboule sur de la connerie qui me met hors de moi.

    RépondreSupprimer
  12. Et pourtant j'en suis sûre que t'en aies capable ! T'es une jeune fille forte et courageuse, suffit de trouver la force en toi jeune padawan et tu pourras parler à ta génitrice ;)

    RépondreSupprimer

N'oubliez pas de signer vos commentaire et de repasser si vous souhaitez lire ma réponse.
Merci ♥