I've always been pulled in two directions.

J'ai commencé à lire Rêve d'amour de Laurence Tardieu. C'est l'histoire d'une trentenaire qui a perdu sa mère très jeune et qui vient de perdre son père. Elle s'appelle Alice. Sa relation avec son père durant son vivant me fait penser à celle que j'entretiens aujourd'hui avec ma mère. Une sorte de distance qui n'est pas le résultat d'un manque d'amour, comme une sorte de pudeur qu'on ne saurait expliquer. Son livre raconte son combat pour savoir qui était sa mère, la femme dont son père ne lui a quasiment jamais parlé, la femme dont elle n'a aucuns souvenirs, dont elle a oublié le visage et le son de la voix, une femme qui a aimé un autre homme qui est désormais le seul lien qu'il lui reste avec sa mère. 
Je me reconnais énormément dans ce livre, notre histoire est plus ou moins similaire et je partage ses ressentis. En le lisant, j'ai un tas de choses qui est revenu à la surface.

J'ai envie d'écrire ce post, mais j'ai peur. Cet homme est le tabou de ma vie, on n'en parle pas. Non pas que cela soit interdit, mais on se tait pour ne pas ressasser le passé. J'ai peur d'en parler ici, c'est sûrement ma plus grand faiblesse et l'exposer ici, aux yeux de tous, est plus que dangereux pour moi. Je garde toujours en tête que le fait de s'ouvrir à n'importe qui sur un blog ne relève pas de l'ordinaire. Comme Laurence Tardieu l'a dit dans son livre, c'est ce silence qui m'a poussé à écrire. Plus je m'éloigne de ma mère et quiconque qui fit partie de ma vie à un moment ou autre, plus je ressens le besoin d'utiliser les mots pour m'exprimer.

J'ai envie de vous raconter tout. Mon histoire a débuté avec cet événement et cet événement a modelé ma vie et la modèle encore aujourd'hui. Cet événement rythme mes faits et gestes, même quinze ans après. Vous lisez la fin, mais il vous manque le début. J'ai envie de tout vous raconter, mais pourtant, je ne vais pas le faire parce que j'ai cette petite voix en moi qui essaye de me ramener à la raison tant bien que mal. 

Quinze ans après, je ne suis toujours pas prête à en parler. C'est encore trop frais, c'est encore trop actuel. Je ne parviens toujours pas à prendre le recul nécessaire pour réussir à en parler. Pourtant, je sais que c'est la clé de tout. Je le sais, et pourtant, je me tais. 
J'ai un milliard de questions en suspens qui tourbillonnent dans ma tête, j'ai envie d'y répondre, mais j'ai peur de l'après. Que restera t-il de moi une fois ses mystères résolus ? Sentirais-je ce sentiment de délivrance qui me fait tant rêver ? Arriverais-je à commencer à vivre ? Ou au contraire, et si ce poids continuait de peser sur mes épaules ? Est-ce qu'il doit nécessairement ressortir un bien tout cela ? Et si cela me détruisait encore plus ? 
J'ai peur de prendre des risques, je manque de courage et je préfère ne pas essayer. J'ai peur de ce que je peux découvrir, j'ai peur que mon moral décroisse. 

Je ne me souviens pas non plus de sa voix, quoique peut-être. J'ai quelques souvenirs, mais souvent, je me demande s'ils sont réels. Quelques fois, il m'arrive de douter d'eux, les ai-je inventer ? N'est-ce pas mon imagination qui les a crée ? Les ai-je crées inconsciemment, pour avoir quelque chose auquel me raccrocher ? Ils sont là depuis tellement longtemps que j'en viens à mélanger le rêve et la réalité. Je ne sais plus. 

Au cours d'une discussion avec ma soeur, la semaine dernière, elle en est arrivée à me dire qu'il aimait la photographie et qu'il prenait tout et n'importe quoi en photo. Je n'ai pu m'empêcher de sourire. Fut un temps, je prenais aussi beaucoup de photos, certes, beaucoup moins aujourd'hui, mais j'aime toujours autant cela. J'ai eu l'impression de lever un bout du voile qui obscurcit la partie d'ombre qu'il y a en moi. 
On dit que nous sommes constitué de 50% de notre mère et 50% de notre père. Je ne connais pas mon père et le silence qu'il y a entre ma mère et moi a fait que je ne la connais pas, elle non plus. En définitive, j'ai le sentiment de ne pas savoir qui je suis réellement. Je ne me connais que d'apparence. Il y a celle que je fais mine d'être et celle qui réside au plus profond de moi, celle qui se cache. 

J'ai toutes les cartes en main, mais je m'abstiens de jouer par peur de tout perdre.

7 commentaires

  1. Au contraire tu peux dire que tu es unique, que tu es toi et pas un mélange de deux choses pré-éxistantes. Tu es sans doute perdue, mais au vue de tes 82 posts, tu ne sembles pas être dépourvue d'identité au contraire, tu es Toi et c'est énorme.

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  2. Très touchant ce post... Et même dans tes autres articles, j'avais +/- deviné que ton père était un étranger (je ne sais pas si c'est le bon terme, pardonne moi, c'est toujours un peu délicat dans ce genre de situation et je ne m'y aventure jamais, mais là, ton texte est tellement touchant que...) et c'est surtout du au fait que tu ne l'a jamais mentionner !
    Si tu pense que s'est plus sécurisant de ne pas parler de sa sur ton blog, et bien écoute cette petite voix !
    Je te souhaite du courage qd même, car j'ai vécut indirectement, le fait de grandir sans père, et toute ces questions c'est horrible...

    Et aussi bonne lecture de rêve d'amour !

    Ps : Tjr un régal de passer sur ton blog ^^

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  3. Grandir plus ou moins sans père... C'est dur et je te comprends mieux que tu ne le penses... Seulement moi je n'ai pas ton talent pour mettre les mots sur ce sentiment : celui de ne pas savoir où aller car d'une certaine façon on ignore d'où l'on vient...
    Bonne chance =)

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  4. @Léa : Merci beaucoup, vraiment. Je te souhaite aussi beaucoup de courage si tu vis le même genre de situation. ♥

    @Anonyme : Ta phrase résume vraiment ce que je ressens, c'est parfaitement ça ! Merci et bon chance à toi aussi ♥

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  5. Tu sais, tu n'es pas à part et tu n'es pas non plus solitaire dans cette situation.

    Depuis que je ne vis plus avec mon père, j'ai l'impression de re vivre et d'exister.(bon certes, ce n'est pas très adéquat au vue de ta situation, mais continues à lire mon commentaire, tu verras que ça a un rapport)

    Même si j'ai vécu avec mon père durant mes treize premières années de vie, il n'en reste pas moins qu'à mes yeux il est un inconnu.

    Il est ce qu'on appelle un "pervers narcissique". C'est une sorte de maladie, plus répandue que ce qu'on croit, intraitable et plus ou moins "gradée" dans le caractère de l'individu. Il est paranoïaque, dominateur, égocentrique, et malheureusement, il éprouve beaucoup de plaisir à faire souffrir certaines personnes. Dans mon cas, il était un parfait exemple de gentillesse et de solidarité avec tout le monde sauf avec ma mère, mon frère et moi.

    Ne te crois pas seule ma petite Tinhy... nous sommes très nombreux à vivre sans père, ou à vivre avec mais de "loin"...

    Je sais à quel point ce que tu endures est difficile, il y a quelques nuits de ça j'ai fondu en larmes en me demandant pourquoi mon père me haïssait autant... au petit matin, je me rappelais que j'aurais beau pleuré, jamais il ne serait l'homme que j'aurais voulu qu'il soit. Alors je continue de vivre, la tête haute. Parce que c'est à lui de baisser les yeux, pas à moi... ce n'est pas moi qui ai fais imploser trois vies.

    Bref, comme de d'habitude, je m'éternise, mais j'adore discuter avec toi, tu es quelqu'un de très sensible et d'intéressant... ça change !

    Amicalement, Sara.

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  6. @Sara : Je ne connaissais pas cette maladie, ça ne doit pas être facile à vivre au quotidien...

    Après, je ne généralise pas en disant "t'as de la chance, au moins t'as eu un père". On ne peut pas généraliser, tout dépend de la situation en question. Dans ton cas, je comprends tout à fait que cela soit une sorte de libération pour toi.

    En tout cas, je te souhaite beaucoup de courage.
    A bientôt ♥

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