La culture du viol : suis-je victime ou coupable ?

Certains y verront peut-être un article recyclé étant donné qu'il a été publié sur So Busy Girls, mais c'est un sujet qui me tient à coeur et que je souhaite publier sur ce blog. 




Chaque année en France, on estime que 75.000 personnes sont victimes de viol. 
Soit l'équivalent de neuf personnes par heure. 
Sur ces 75.000 viols, seulement 10.000 seront enregistrés et reconnus par la loi. 
Ainsi, plus de 60.000 personnes resteront murées dans le silence...



Nombreux sont ceux qui affirment que nous vivons actuellement dans une société qui prône la culture du viol. Si j'ai longtemps pensé que ceci était exagéré, j'ai aujourd'hui de très gros doutes au vu des chiffres et des choses que j'ai pu lire. La vérité est dure à entendre, mais si toutes ces femmes ne parlent pas c'est parce qu'aujourd'hui encore, elles ne sont toujours pas reconnues comme des victimes à part entière. 

Je ne trouve en effet pas normal que toutes ces femmes aient honte d'avoir été violées, mais d'une certaine manière, je peux les comprendre. Qui aurait envie d'entendre en retour qu'elle n'avait qu'à pas porter une jupe si courte, qu'elle n'avait qu'à pas de se maquiller autant ou sortir dehors seule à une heure pareille, parce qu'il est presque sûr qu'elle aura le droit à ces remarques. 

J'ai aussi pris conscience qu'il m'était arrivé à plusieurs reprises de reposer mes robes et mes jupes dans mon armoire de peur de devoir faire face à tous ces regards insistants et remarques désobligeantes que l'on entend trop souvent de la part de la gente masculine. Ces jours là alors, j'enfilais mon pantalon pour que l'on me fiche la paix même si cela n'assurait évidemment rien. 
Je me rends alors compte qu'il n'est pas normal d'avoir peur de sortir dehors avec une jupe un peu courte.
Il n'est pas normal de devoir cacher son corps car d'autres ne sont pas capable de contenir leurs pulsions.


"La société enseigne "Ne soyez pas violées" plutôt que "Ne violez pas"".


On a alors tendance à oublier qui est le vrai coupable : est-ce la fille qui avait osé porter une jupe au dessus du genou ou est-ce le pauvre homme qui n'a fait qu'assouvir ses pulsions ? 
Car oui, chose révoltante : on en vient à trouver des excuses aux violeurs. Ba oui le pauvre, il est normal qu'il n'ai pas su résister aux charmes d'une si belle jeune fille et qu'il n'ai pas su s'arrêter lorsqu'elle s'est mise à sangloter et à se débattre.


Ainsi, la société dédramatise le viol et nous pousse à croire que ceci est un acte normal. 
Les femmes en arrivent donc à devoir faire attention et à sans cesse se méfier.
A dix-neuf ans, je dois alors faire attention à ne pas trop boire de peur que l'on abuse de moi, à ne pas m'habiller de façon trop provocante, à ne pas me retrouver seule dehors en pleine nuit et la liste est encore longue...

C'est donc bien les femmes qui sont visées par toutes cette propagande : ce sont les victimes que l'on pointe du doigt alors que l'on pourrait tout simplement faire comprendre aux hommes qu'ils doivent choisir des femmes consentantes lors de l'acte sexuel.


Mais d'où vient alors ce plaisir démesuré pour l'acte forcé ?

J'aurais personnellement tendance à mettre la faute sur l'industrie du porno. 

Le porno met en effet dans la tête des utilisateurs que l'acte forcé est une chose plaisante et que les femmes aiment cela. On peut alors rappeler que la plupart des adolescents commencent justement leur sexualité avec ces sites depuis leur démocratisation. Ils sont ainsi bombardés d'images où la femme est dominée, traitée comme un objet sexuel, souillée et parfois même violée par plusieurs hommes. Il ne faut alors pas s'étonner que ces adolescents trouvent ce genre de pratiques normal et aient envie de l'expérimenter dans la vie réelle. Pour preuve, nous pourrons simplement rappeler tous les scandales survenus dans les cités où des filles se faisaient violées par plusieurs adolescents à la fois, leurs voisins, qui filmaient l'acte et le mettaient sur internet : une vidéo exhibée comme un trophée par les violeurs et son agression diffusée au grand public pour la jeune fille...
Certes, chaque agression est différente mais le traumatisme et la souffrance restent les mêmes...



En définitive, une femme sur dix sera violée au cours de sa vie. Nos bourreaux peuvent très bien être des inconnus tout comme nos maris, notre petit d'ami de l'époque à qui nous n'étions pas prêtes à donner notre virginité, le copain de longue date de papa chez qui nous passions les après-midis, le grand frère ou encore papa lui-même...


J'ai voulu écrire cet article suite à la "marche des salopes" ("Slut Walk") qui a eu lieu dans quelques villes de France ce samedi 28 septembre et qui avait justement pour objet de lutter contre cette culture du viol. Des femmes mais aussi des hommes ont donc marché ensemble en tenue légère pour manifester contre ce système qui doit prendre fin. Je trouve cela révoltant qu'en 2013 les gens continuent de manifester pour demander une chose aussi simple que le respect.


Enfin, j'aimerais adresser un dernier message à toutes les femmes et les hommes qui ont subit des agressions sexuelles : je vous en prie, parlez-en, ce n'est pas à vous d'avoir honte. 



Sources chiffres : planetoscope.com

4 commentaires

  1. Je suis globalement d'accord avec toi, et je trouve encourageant que l'on voie fleurir de plus en plus de blogs qui tiennent les mêmes propos. Je pense par exemple à jeconnaisunvioleur.tumblr.com

    Peut-être seulement faudrait-il rajouter, lorsque tu écris avec ironie que "c'est normal qu'il n'ai pas su s'arrêter lorsqu'elle s'est mise à sangloter et à se débattre", que non, les femmes n'ont pas toujours les moyens ou la force psychologique de se débattre ou de dire non ; souvent parce que les violeurs ont recours à d'habiles et répugnantes manipulations qui donnent à la victime l'impression qu'elle n'a pas le droit de dire non, ou que c'est elle qui est en tort. La culpabilité est déjà présente au moment du passage à l'acte, et souvent elle inhibe toute velléité de refus. Je préfère préciser, parce que j'imagine qu'un très grand nombre de mecs doit affirmer que "non mais, moi si une fille dit non, j'arrête direct", alors que d'un autre côté ils vont tout mettre en oeuvre pour que la fille dise pas non justement.

    Et puis par rapport à l'origine de la culture du viol, je te conseille un article super intéressant là dessus, qui en substance dit que c'est la société patriarcale dans laquelle nous vivons qui en est la cause (et pas seulement le porno, parce que le porno n'est à mon sens qu'une conséquence de la sté patriarcale) : http://lesquestionscomposent.fr/vraimecvraiefille/

    (Puis au passage, bon courage (avec un peu de retard) pour ta rentrée !)

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  2. Merci pour cet article, vraiment, il faut qu'on en parle.
    Je suis comme toi, souvent je repose jupe/short car j'ai peur, peur des regards, peur des idées que cela peu susciter. Ou est la notion de liberté la dédans ? Nous ne sommes même pas libre de nous sentir femme dans cette société machiste/sexiste.
    Je trouve cela aberrant alors que nous sommes en 2013, il est loin le temps des femmes soumises et victimes des hommes, non ? Il semblerait que non. Comme tu le dis si justement, c'est toujours la femme violée qui a des torts, elle est rarement en premier lieu penser comme la victime.

    En revanche, je ne suis pas sur que ça soit l'industrie du porno qui engendre tout ça, ca y contribue certainement beaucoup. Néanmoins, je pense que c'est quelque chose qui encrée dans les mentalités, le viol a toujours existé, les femmes c'étaient même fait une "raison", c'était leur condition de femme d'être soumise aux hommes. Les choses ont évolué, du moins essayé depuis le 19/20e siècle malheureusement, il n'y qu'en surface (à travers les lois, etc) que les choses ont changé, dans les esprits on est encore loin de tout ça.
    ("9 femmes sur 10 sera violé au cours de sa vie", on est censé se sentir en sécurité après ça ? C'est affolant, ce chiffre est juste affolant.)

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  3. Ce genre d'article ne pourra jamais être considéré comme "recyclé". Il faut en parler, encore & toujours.
    J'ai mille & une histoires vraies à raconter sur des hommes qui m'ont abordé la nuit dans le métro ou dans la rue. Est-ce normal si trois hommes m'ont un soir collé dans le métro & m'ont ensuite suivis jusque chez moi ? Est-ce normal si j'ai tremblé de peur parce que je ne pouvais clairement pas me défendre contre trois armoires à glace, que j'ai donc fait un détour pour rester une heure cachée dans une ruelle ? Est-ce ma faute si un homme m'a un soir plaqué contre un mur & mis sa main sous ma jupe pour sentir le tissu de mon shorty ? Est-ce normal si je l'ai chopé quelques mètres plus loin pour lui mettre la raclée de sa vie & que d'honnêtes citoyens m'ont retenus de force en me disant que j'exagérais ? Est-ce ma faute si j'ai eu peur & que j'ai simplement voulu me défendre & lui faire comprendre qu'une fille en jupette aussi ça sait se battre ? Des histoires comme celles-ci j'en ai vécu plein & j'en vis encore plein. Je suis souvent seule le soir quand je quitte mon job alimentaire & j'aime les jupes & les robes. Je n'ai pas à me justifier, à savoir si je suis une fille vulgaire ou non. Personne n'a a s'imaginer que je suis une marchandise dont on pourrait se servir parce que j'ai mis une jupe. & qu'après tout, y a qu'une pute pour porter ça.
    Je parle à la première personne mais dans ce discurs j'englobe toutes les filles qui ressentent la même peur, la même tension dans la rue, dans le métro, dans le bus.

    Je m'étale & ne vais pas à tarder à filer. Cependant, je voulais revenir sur un point. Je ne sais pas si le porno affecte tant que ça la relation aux autres. Je suis ni médecin, ni sociologue. Toutefois, en ce qui me concerne, j'aime bien le porno, j'aime le sexe en général. Je n'ai pourtant pas la sensation d'avoir une quelque déviance sexuelle à souligner.

    Bref. Qu'on cesse enfin de culpabiliser les victimes.

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  4. Je ne vois pas en quoi la pornographie met en tête des utilisateurs que l'acte forcé est une chose plaisante (sur les sites "classiques", il y a peu voire pas de vidéos de viol). La domination masculine (sexuelle) n'est pas systématiquement une réellement domination, c'est aussi un jeu érotique, appréciée autant des hommes que des femmes, ça dépend comment elle est menée. Perso je pense que le problème se situe au niveau des moeurs et des mentalités, pas au niveau de la consommation de produits culturels (même problématique pour la violence et les jeux vidéos : le porno est souvent perçu davantage comme un exutoire). De plus, il ne faut pas penser que les adolescents sont cons non plus : ils dissocient réalité et fiction. Ils se rendront vite compte dans leur expérience personnelle qu'on ne sodomise pas une fille comme ça, haha.

    Dans la culture du viol, la plupart des propos ont tendance à incriminer la gente masculine (inutile de rappeler qu'il n'y a pas que des connards machistes hein !). Dans mon opinion, même s'il est extrêmement important d'en parler et de rappeler la faute du violeur, ce sont les deux camps qu'il faut éduquer : rappeler aux filles qu'elles font ABSOLUMENT ce qu'elles ont envie de faire, qu'elles sont fortes et qu'elles n'ont pas à plier devant les hommes. Ce que je veux dire, c'est que dans la dénonciation de la culture du viol, j'ai peur de l'extrapolation et que cela ne mène à la victimisation des femmes. Tout ça demande davantage un changement de fond, pour qu'enfin, l'égalité des sexes deviennent acquise dans les mentalités.

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