Le jour où je me suis (à nouveau) faite agressée dans les transports.

Je savais que cela recommencerait et que l'article que j'avais écrit en février ne serait que le premier d'une longue liste. 

C'est donc arrivé la semaine dernière, pendant mes partiels. On est mercredi et la SNCF avait prévenu la veille qu'elle faisait grève aujourd'hui. A cet instant, j'avais un peu l'impression que les forces de l'univers s'acharnaient contre moi. Moi qui ai la phobie d'arriver en retard à quoi que ce soit, il fallait évidemment que cela tombe sur cette semaine. Je décide donc de prendre le train avec trois bonnes heures d'avance mais je me dis qu'a priori, cela devrait aller. Que nenni bien sûr.

Quai bondé, train qui accumule du retard dans les stations d'avant à cause des gens qui n'arrivent pas à monter et prochain train dans deux heures, donc trop tard pour que j'arrive à temps pour mon épreuve : aucun plan B pour me rendre à la fac. Je me suis dit que c'était foutu et que je n'allais jamais réussir à monter dans le train. Je voyais déjà mon 0 et le "ajournée" à côté qui me contraindrait à aller aux rattrapages. J'en ai ensuite déduis que mon année était foutu, qu'a fortiori ma vie et mon avenir l'étaient aussi et puis j'ai baissé les yeux pour contempler ma belle robe fleurie et me redonner un peu de courage.

Je n'ai pas respiré pendant les quarante longues minutes de retard que mon train a eu. Lorsque je l'ai vu arriver, j'ai mis mon sac sur mon épaule et rangé mon iPod, bien décidée à ne pas rester sur le quai. Je ne sais pas trop comment j'ai fait, mais j'ai réussis à mettre un premier pied dans le RER. J'ai déjà vécu bon nombre de grèves, mais là, c'était de la boîte à sardines de compét. Quand j'ai compris que j'avais réussis à monter dans le wagon, j'ai été prise d'une vague de compassion pour tous ceux qui attendaient dehors donc j'ai décidé d'avancer dans les couloirs pour faire plus de place. Finalement, je suis contrainte à monter dans les escaliers parce que mon sac a été emporté par la foule. C'est alors que je sens quelqu'un qui me touche les fesses. Ou devrais-je plutôt dire, quelqu'un qui me caresse les fesses, les cuisses et les hanches. Pas de la petite caresse discrète genre ni vu ni connu, non. Pas de la caresse qui te fait te demander si c'est un accident, si c'est un sac ou ton imagination comme cela m'était arrivé la première fois, non. Tout simplement quelqu'un qui me caresse comme pas permis sans aucune retenue. Je me retourne d'un bon en gueulant "QUI EST EN TRAIN DE ME TOUCHER LES FESSES?!". Là, je vois un homme, une quarantaine d'années et les cheveux poivres et sels qui détourne vite le regard. 

Je commence à gueuler que ce mec est en train de me toucher le cul et tout en l'insultant de tous les noms. Il tourne les yeux. Les gens font de même. Aucun ne bouge. Les portes se referment et il est à un mètre de moi. Je continue de l'insulter, de le traiter de pervers, de gros dégueulasse en lui demandant pour qui il se prend pour oser me toucher. Je gueule littéralement sans réussir à me contenir. A ce moment là, je suis dans les escaliers qui mènent à l'étage du haut, je suis donc en hauteur et à la vue de tous, le train est bondé et pourtant, personne ne dira rien.

A l'arrêt suivant, j'avance un peu plus dans les couloirs et réalise ce qui est en train de se passer et je sens les larmes monter. Il va s'en tirer comme ça, juste avec deux trois insultes. 

Cela faisait quarante minutes que je ne respirais plus, pensant que j'allais rater mon partiel, j'étais stressée et fatiguée à cause de mes partiels et cette agression a été la goutte d'eau qui a fait débordé le vase. Alors là, au milieu du train bondé, je me suis mise à pleurer en silence. J'ai été dégoûtée de voir que personne ne prenait ma défense et que tout le monde trouvait cela normal. Personne ne s'était rangé de mon côté et ils ont tous cautionné le geste d'un pervers qui profite de la foule pour mettre ses mains là où il ne devrait pas sur une fille dont il pourrait être le père. Ils lui ont tous donné raison. 
Aujourd'hui encore, je tremble en écrivant cet article et je sens encore mes larmes monter. Pendant tout le voyage, j'ai essayé de me reprendre, de me calmer et me dire que ce n'était pas grave mais j'avais tort : c'est grave. Un homme qui ose poser ses mains sur moi là il ne devrait pas est quelque chose de grave.

Alors j'ai séché mes larmes et j'ai eu envie de me venger. Honnêtement, je crois que pendant le quart d'heure qui a suivi, je n'étais plus moi-même. Je me suis un peu sentie comme les filles des films I Spit On Your Grave. Vous savez, ces filles qui se font sauvagement violées par des hommes, qui sont laissées pour mortes et qui décident de revenir tuer leurs agresseurs. Moi à ce moment-là, j'avais la même envie de vengeance : j'avais envie de le frapper, de lui refaire le portrait. Je crois que s'il avait été plus proche de moi à cet instant, j'aurais eu du mal à me retenir. Je ne sais pas d'ailleurs ce qui m'avait retenu de le gifler au moment où j'ai senti ses mains sur moi. Je crois qu'encore une fois, j'ai eu peur. 

Je me suis souvenue de ma première agression et de la frustration que j'avais ressenti après. Ce sentiment de profonde injustice face à ces malades qui ne seront jamais punis et qui recommenceront dès le lendemain. C'était trop facile de s'en tirer comme ça. Alors lorsque le train s'est arrêté, je l'ai cherché sur le quai. J'avais repéré son t-shirt rayé bleu ciel et blanc et j'étais bien décidée à le retrouver. Je l'ai aperçu qui se dirigeait vers la boulangerie. J'ai arrêté de marcher et j'ai hésité pendant deux secondes. Je me suis souvenue que je m'étais promis de ne pas me laisser faire une seconde fois. Alors j'ai pris une grande respiration et je me suis dirigée vers lui. Il était de dos. Je lui ai donné un coup et lorsqu'il s'est retourné, je l'ai insulté, lui ai dit droit dans les yeux que le prochaine fois, ça serait moi qui lui foutrait ma main dans sa gueule et puis je suis partie. 

Je me rends compte avec du recul que mon geste était quand même très ridicule mais j'avais besoin de le faire. Je me doute que mon petit coup de point ne lui a certainement pas laissé un bleu mais encore une fois, j'avais besoin de le faire. J'avais besoin qu'il me regarde dans les yeux lorsque lui disait le fond de mes pensées. Je voulais qu'il se souvienne de ma tête et de ce que je lui avait dit la prochaine fois qu'il aurait envie de refoutre ses mains de gros dégueulasse sur une fille. 

Lorsque je suis arrivée à la fac, je me suis effondrée dans les bras d'une amie. Je sentais encore ses mains me caresser et je voyais encore les gens faire comme s'ils n'entendaient rien. J'ai eu envie de gueuler au monde à quel point il me dégoûtait. J'ai eu envie de tous les frapper, de leur cracher à la gueule mais j'ai simplement pleuré en silence. Après j'ai raconté à mon amie ce qui c'était passé en lui disant que j'étais retournée voir le mec pour le frapper et on a rit. 

J'ai séché mes larmes et je me suis finalement relevée.

(source image : http://femmesenresistancemag.com/le-harcelement-de-rue-pointe-du-doigt/)

7 commentaires

  1. Oh non, ma pauvre ...
    Je suis outrée que les gens ne réagissent pas, ca me révolte !
    En tout cas, je pense que tu as eu le bon comportement, il ne faut pas se laisser faire ! Peut-être que c'est comme ça, que petit à petit les choses évolueront.

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  2. Oh lala , ma pauvre, que dire face à ça ? Que ça arrive tous les jours ? Que les gens sont débiles ?

    Pourquoi personne n'a bougé, je ne comprends pas... :(

    En tout cas, je pense que c'était important d'en parler, moi à ta place j'aurais été traumatisé, à ne plus vouloir sortir de chez moi


    Bisous et calin de réconfort

    Romy
    http://linconstance.blogspot.fr

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  3. J'ai souvent réfléchi à ce que je ferais si quelqu'un se faisait agresser comme tu l'as été, et j'ai été effrayée de constater que je n'oserais rien faire. J'aurais trop peur, tout simplement, et je ne sais pas si on peut juger quelqu'un qui a peur. Dès que quelqu'un veut me parler dans la rue ou le métro je flippe toujours, alors intervenir dans une situation comme celle-là, j'admets que je suis pas sûre que j'aurais eu le courage : on sait jamais si le mec est dangereux, armé. Mais je pense que c'est très triste qu'il y ait des mecs comme ça surtout, qui agissent comme ça sans scrupule. Tu es vraiment courageuse d'avoir réussi à aller l'engueuler.

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  4. Salut Tinhy,
    En lisant ton article j'ai été à la fois choquée, énervée, attristée et révoltée par ce qui t'est arrivée. Ce qui en passant, est clairement dégueulasse. Décidément, certains ne peuvent vraiment pas s'abstenir ! Ces enfoirés ! C'en est désolant. Et le pire, c'est le fait que les personnes autour de vous ont comme cautionné ce fait, comme si c'était normal alors que ça n'est aucunement le cas ! Si j'avais assisté à ça, j'aurais très certainement pris ton parti et non muré dans un silence tout en étant spectatrice d'une scène injuste auquelle j'aurais eu la possibilité d'agir. Le comportement de ces gens me dégoûtent. Vraiment. Et ne dit pas que d'aller le voir et lui remettre à sa place a été ridicule. Tu as bien fait. Et c'est vraiment courageux de ta part. Qui sait, il aurait très bien pu retorquer de façon violente ? Je suis de ton côté Tinhy et ça n'est pas de ta faute. Si j'avais ce connard à mes côté... Bref. Courage, Tinhy. Malheureusement, la connerie de certains les tueront.

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  5. @Anonyme : Je te remercie pour ton soutien. Malheureusement, la foule fait que les gens ne se sentent pas concernés. Chacun se dit que quelqu'un d'autre va réagir et finalement, personne ne fait rien...
    A bientôt.

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  6. Ouah, t'as été très forte, vraiment, et j'espère que tu t'en souviendras sans aucune once de honte sur le long terme, te disant que tu t'es pas laissée faire et que c'est un début pour la prise de conscience de tous que ce genre de choses existe et que ça affecte.

    J'ai essayé de me mettre à la place des gens autour et je me suis d'abord dit qu'ils ne réagissaient pas parce qu'ils n'étaient peut être pas témoins, mais après je me suis dit que voir une jeune fille crier de toutes ses forces sur un homme qui ne réagit même pas, c'est bien plus qu'il n'en faut comme preuve du méfait et que c'était même pas acceptable comme façon de penser. "J'ai pas vu, je réagis pas". La fille, elle sait plus vers qui se tourner, elle a l'impression de se battre dans le vide, on lui donne pas d'accroche si on la laisse comme ça. C'est pas acceptable comme façon de penser. J'me fais un point d'honneur de réagir si il se passe quelque chose dans un transport en commun, au moins pour cette fille qui pourrait tout aussi bien être moi.

    En tout cas, tu t'es pas laissée faire, et tu t'es faite entendre, tu t'es protégée comme il fallait. Les gens sont cons et méritent pas tes larmes.

    Courage et bon séjour dans ta destination secrète !

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  7. Je me suis permise de faire un lien vers ton blog dans mon dernier post relatif au féminisme / harcèlement de rue (entre autre).

    Je voulais te prévenir. Par ce que sur le coup je n'ai rien commenté, mais évidemment ça m'a touché.

    xxx

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