Peut-on tout avoir ?

J'ai grandi avec pour objectif de tout avoir. Pour moi, "tout avoir" ne concerne pas la matériel, mais plutôt la réussite. Je suis quelqu'un qui vit très mal les échecs. Cela va sûrement paraître très prétentieux, mais je n'en ai eu que très peu et très tard. Jusqu'ici, je m'étais toujours donné tous les moyens pour réussir. "Quand on veut, on peut", ils disaient. J'ai alors travaillé, souvent plus que les autres pour réussir, mais pas toujours. J'ai tendance à me contenter du minimum mais ce minimum étant souvent suffisant.

Mon tout premier échec fut lorsque j'ai raté mon permis. Je sais, il y a pire, mais je l'ai vraiment très mal vécu. J'avais fait une erreur éliminatoire due au stress donc je savais que je l'avais raté. J'avais passé l'après-midi à pleurer parce que je m'étais mise une pression énorme ce jour-là. Je crois que c'était la première fois que mes efforts ne payaient pas et pour quelqu'un qui met toujours la barre très haute, la chute fait mal.

Je me suis promise de ne plus jamais être confrontée à une situation pareille mais je ne pense pas que la décision que j'ai prise soit la meilleure. Je me rends aujourd'hui compte que j'ai tellement peur des échecs que je préfère souvent ne pas essayer. Je crois que ce qui me fait le plus peur, c'est de donner le meilleur de moi-même et de ne pas réussir. Il me semble bien que c'est une des choses que je crains le plus. J'avais tellement peur de cela qu'en entrant à la fac, je me suis presque volontairement mis des bâtons dans les roues. Au moins, j'échouais volontairement et parce que je l'avais choisi. La chute était amortie. Je me suis finalement relevée les années suivantes mais j'ai dû faire un gros travail sur moi-même pour réussir à m’immuniser de ces échecs-là.

Aujourd'hui, je candidate pour des masters et j'ai des entretiens à passer. J'ai mis la barre haute, comme toujours. J'ai peur des conséquences que pourrait avoir cet échec-ci. J'essaye de tout mon coeur de résister à l'envie de ne pas donner le meilleur de moi-même encore une fois. J'ai envie de trouver la force de montrer ce dont je suis capable.

magdalena deminger | via Tumblr

Je sais que ce trait de ma personnalité n'est pas des plus sains. Je sais qu'il me fera toujours souffrir dans l'avenir. Je m'inquiète notamment de ma capacité à allier future vie privée et future vie professionnelle. En effet, la société actuelle a tendance à nous faire croire que nous pouvons tout avoir si nous nous en donnant les moyens. C'est donc cet objectif qui m'a guidé et qui me guide encore parfois. Je veux d'abord avoir un poste épanouissant et à responsabilités pour lequel je ne compte pas mes heures. J'ai envie de penser que cela sera parfaitement conciliable avec une vie de famille mais c'est évidemment faux. Je serais obligée de faire des arbitrages et de m'adapter. Des exemples de ma famille me montrent bien cela : entre celles qui ont privilégié leurs enfants à leur épanouissement professionnel et celles qui, au contraire, ont voulu gravir les échelons dans leur travail et qui commencent à se demander si elles auront le temps d'avoir des enfants...

Cet arbitrage n'est pas évident à faire...

Je pense que oui, ce "tout avoir" diffère des personnes et des moments de la vie. Il y aura sûrement une période de ma vie où j'aurais envie de me concentrer sur mon travail, et une autre où j'aurais envie de regarder ma famille se construire. "Vous n'avez pas à être Wonder Woman, sauf si vous voulez être Wonder Woman". Cette phrase dans le dernier post de Titiou Lecoq m'a particulièrement frappée car je commençais à oublier que ce qui compte vraiment, c'est de faire ce dont on a envie. De suivre son coeur plutôt que d'essayer de faire ce que la société nous vend comme idéal absolu. C'est dur à accepter pour la féministe et la personne que je suis, mais je pense que ce n'est pas plus mal.

16 commentaires

  1. Comme toi, je me contente un peu du minimum, parce que c'est suffisant pour réussir mes contrôles. Avec quand même une petite adaptation au début d'année où un minimum m'amenait à 8/20 et maintenant davantage vers 12. Je crois que ça date de la Seconde où j'ai revu à la baisse mes objectifs parce que c'était "trop difficile" ou que j'avais peur que ça le soit. Du coup au lieu de viser un 15 je visais un 12, et ça ne m'a pas lâché depuis, ce qui est quand même un petit embêtant... Comme toi je devrais donner le meilleur de moi-même (me restent les rattrapages pour faire ce travail sur moi, ça va être juste).

    Après, sur le sujet de l'arbitrage, je crois effectivement que tu dois écouter ton coeur. Pour moi le problème est simple à résoudre : je ne veux pas d'enfant, donc carrière, carrière, carrière ;)
    Je crois qu'il est possible d'allier les deux, mais que c'est très difficile et que ça demande des sacrifices des deux côtés pour garder l'équilibre entre vie de famille et vie professionnelle sans donner l'avantage à l'une des deux.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Melgane !

      Je me reconnais beaucoup dans ton premier paragraphe car c'est exactement la même chose pour moi.

      Je pense en effet qu'il est possible d'allier les deux avec beaucoup de travail, en étant une Wonder Woman du coup. Ce que j'essayais de dire c'est que l'on a tendance à pointer du doigt les femmes qui ont choisi de se concentrer sur leurs carrières ainsi que celles qui ont tout lâché pour leur famille. Finalement, chacun doit suivre son coeur ! N'ont pas à être Wonder Woman celles qui ne le souhaitent pas :)

      A très bientôt !

      Supprimer
  2. Je suis comme toi aussi, je vis tellement mal l'échec que je me freine et ne m'investis que rarement car j'ai une peur paralysante de l'échec. Je n'ai même pas osé candidater à des masters plus prestigieux (bon, ok ils correspondaient moins à mon projet pro mais j'aurais pu au moins tenter) parce que je sais que j'aurais perdu toute confiance en moi en cas de refus.
    Et par rapport avec ton dernier point, on en parle souvent avec une amie, du fait que nous les filles, on est toutes féministes au fond, mais que ce "statut" est presque un fardeau, dans le sens où parce qu'on pense qu'une femme doit avoir les mêmes droits qu'un homme, on se sent obligées d'en fournir la preuve personnellement, en ayant une super carrière et en étant indépendante financièrement. Mais ma pote, bien qu'elle défende ces valeurs, rêve d'être femme au foyer, à s'occuper de ses enfants et à soutenir son mari qui lui, grimpe les échelons. Pourtant, elle est brillante, elle a fait une prépa, c'est la meilleure de la promo... mais parce que la société dans laquelle on vit est de plus en plus féministe, elle a honte de d'avouer ce qu'elle veut vraiment. C'est à double tranchant en fait, en tant que femmes on a encore plus de pression à réussir dès qu'on se déclare féministe.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Célia !

      Je suis entièrement d'accord avec ce que tu dis à propos des féministes ! On se sent un peu forcée de tout réussir. Cela ne doit pas être possible pour ton amie ! C'est vrai que cela peut paraître surprenant comme choix venu d'une fille aussi brillante et d'une féministe. Mais oui, ce qui compte c'est ce qu'elle veut vraiment au fond d'elle.

      A bientôt :)

      Supprimer
  3. J'étais (et suis) un peu comme ça également. Comme tu le dis, ça fait moins mal d'échouer quand on ne se donne pas à 100% mais le truc c'est que finalement, le mieux c'est de se battre pour ce qu'on désire et si on échoue au moins, on pourra se dire "j'ai donné le meilleur de moi-même je n'aurais pas pu faire mieux de toute façon" de sorte à éviter les remords. C'est facile à dire je le sais...comme un peu tous les conseils qu'on donne à autrui et qu'on est incapable de s'appliquer à soi même

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Bulle !

      Il est vrai qu'en agissant comme ça, on a beaucoup de regrets et ce n'est pas l'idéal ! Je sais qu'il y a beaucoup de concours par exemple que je n'ai pas tenté par peur de ne pas réussir...

      Je pense qu'il faut travailler dessus et qu'avec le temps, cela s'arrangera.

      A bientôt :)

      Supprimer
  4. Avoir la santé et arrêter de se comparer. C'est déjà énorme.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Arrêter de se comparer aux autres est malheureusement très difficile..

      Supprimer
  5. Salut !
    J'étais un peu comme toi à ton âge. Je fixais la barre très haut, parfois même au-delà de mes compétences.
    Mais avec le temps, tu verras que "c'est juste un boulot", et qu'il y a des choses bien plus importantes dans la vie ! :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou !
      Oui ça se fera sûrement avec le temps. Je pense que c'est aussi dû au fait que j'ai choisi de faire de longues études, des études dures donc j'appréhende un peu !

      Merci et à bientôt :)

      Supprimer
  6. J'ai un peu le même problème même si je me suis bien ramassée pendant mon adolescence. J'ai quand même une grande tendance perfectionniste. Je suis effondrée quand je rate quelque chose j'ai tout de suite le sentiment que j'ai gâché ma vie. Pourtant au fond je sais que ça n'est pas le cas..
    Je crois que c'est bien de se rappeler que tout ne tient pas au travail qu'on effectue. C'est important de se donner les moyens de réussir, mais il y'a toujours un facteur de hasard, ou de chance, comme tu préfère. On ne pourras jamais tout contrôler. Comme on dit en anglais "Let it go".

    xx, Charlie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou !
      Je suis aussi très perfectionniste donc je pense que oui, ça vient de là ! Comme je le disais à une autre personne, je pense que j'apporte beaucoup d'importance au travail car j'ai choisi de faire de longues études pour lesquelles j'ai dû faire beaucoup de concessions !

      Mais bon, je pense qu'avec le temps, je finirai par réaliser que oui, le travail ne fait pas tout !

      Merci et à bientôt :)

      Supprimer
  7. Je découvre rton blog et j'adore!
    Malheureusement on ne peut pas tout avoir dans la vie. Parfois, on nous prive des choses qu'on veut, qu'on aime. Personnellement, j'ai été privée de l'homme que j'aime mais j'essaye chaque jour de m'en remettre de vivre avec
    http://thegirlybubble.blogspot.com/2015/02/ils-ne-vecurent-jamais-heureux-et-il.html

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou !

      Je ne connais pas ton histoire mais je vais aller lire ton billet.

      Merci à bientôt :)

      Supprimer
  8. J'ai pendant longtemps été comme toi, à me mettre énormément la pression (merci la fac), pensant qu'il fallait absolument que je réussise tout et surtout du premier coup. Je révisais à m'en rendre malade, je travaillait comme une dingo et comme je n'avais jamais travaillé avant surtout. Et puis, lors des partiels du premier semestre de L3, pour la première fois j'y suis allée à la cool, j'avais révisé, beaucoup, mais je ne me mettais plus la pression, et ça a payé : je suis allée à mes exams tranquillou et j'ai eu des bons résultats. Pareil pour le deuxième semestre. Et depuis j'arrive à relativiser pour (presque) tout. Je fais mon Master et je verrais ce que ça donne, si ça ne fonctionne pas tant pis, j'aurai essayé.
    Les entretiens pour les jobs, j'y vais, j'essaye d'être naturelle, s'ils ne me prennent pas tant pis, je trouverais autre chose (j'ai réussi à trouver deux stages, ma petite fierté après avoir galéré pour trouver un job étudiant). Et pour tout plein d'autres trucs du quotidien.
    Après c'est normal de viser haut, il faut, surtout quand on a de l'ambition et on sait ce qu'on veut, mais il ne faut pas trop non plus, car souvent c'est ce qui bloque et empêche de réussir.
    La seule chose que je peux te dire c'est : relativiser. Regarde ton permis, tu l'as râté, mais tu as fini par l'avoir. Tu as eu ta licence. Peut-être que tu n'auras pas le master que tu veux, mais ce n'est pas grave, tu pourras retenter l'année prochaine, et peut-être même que tu en feras un autre que tu adoreras !
    Comme tu le dis à la fin de ton post, l'important c'est d'être heureux, et de faire ce qui te plait, pas ce que les autres voudrait que tu fasse. Et je suis sûre que tu y arriveras en tout cas :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'essaye de faire comme toi et de relativiser. Quand on prend du recul, oui, on se rend compte que ce n'est pas si grave que ça finalement. Mais lorsque je suis en plein dans ce genre de période, j'avoue que j'ai du mal à prendre cette distance.

      En tout cas ton message me remonte beaucoup le moral ! :)

      Et félicitations pour tes deux stages éhéh.

      Supprimer

N'oubliez pas de signer vos commentaire et de repasser si vous souhaitez lire ma réponse.
Merci ♥