La loi du silence

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Il y a un mois environ, j'ai eu envie de mettre des mots sur la première agression que j'ai subie, survenue il y a de nombreuses années. Dans la vie de tous les jours, peu de mes amis en sont au courant et je pense que je n'ai jamais ré-évoqué cette histoire avec ma mère depuis le jour où nous sommes sorties du commissariat et qu'elle a refermé la portière arrière de la voiture derrière moi.



Après toutes ces années, j'ai malgré tout eu envie d'écrire pour raconter ce qui m'était arrivé. Les mots sont sortis assez facilement, sûrement parce que je me sens assez détachée de cet événement. Je pense que mon cerveau a mis une distance entre la petite fille que j'étais à ce moment là, et celle que je suis devenue ensuite. J'ai des souvenirs très clairs en tête mais c'est comme si ce n'était pas les miens. Comme si je n'étais pas cette petite fille. 
Malgré cette distance que j'ai su mettre, je n'ai pas réussi à publier ce texte. J'ai essayé pourtant, et à plusieurs reprises. Hier, j'avais décidé qu'aujourd'hui serait le bon jour. Je me sentais forte et j'étais déterminée à le faire malgré la panique qui est montée en moi après avoir programmé la publication de l'article. J'ai écrit ce que je ressentais sur Twitter et, pensant récolter des encouragements, on m'a finalement dit des mots simples : c'est avant tout pour toi que tu dois le faire.
J'ai réfléchi longtemps, puis j'ai annulé la programmation.

Si je n'étais finalement pas prête à entrer dans le détail de ce qu'il m'était arrivé, j'avais pourtant très envie d'au moins l'évoquer. Je pense qu'il y a une part de moi qui souhaitait faire honneur à ces femmes qui ont pris la parole pour dénoncer le harcèlement et les agressions sexuelles en nous invitant à le faire aussi. C'était peut-être aussi parce que j'avais intitulé mon texte "Une Femme Sur Trois" pour me référer à cette statistique qui disait qu'une femme sur trois de moins de 20 ans a connu au moins une agression sexuelle. C'était pour dire que j'étais cette femme sur trois et que, derrière ces statistiques, il y a de vraies personnes comme vous et moi. Enfin, c'était peut-être parce que je n'ai jamais réussi à me qualifier de victime et que cela m'aurait peut-être aidée à enfin reconnaître mon statut. 

Finalement, je ne publierais pas ce texte, du moins pas tout de suite, pas maintenant. Je ne sais pas si c'est la gêne, la peur, la honte ou l'appréhension quant aux réactions que mon récit pourrait susciter, mais c'est sûrement un peu de tout cela mélangé. 

Je voulais aussi revenir sur un passage de cet article où je vous disais que mon agression était devenue tellement banale que j'avais du mal à la qualifier d'agression sexuelle sans avoir la sensation d'en faire des tonnes. J'aimerais effectivement préciser qu'il ne s'agissait pas d'un viol et qu'il n'a pas eu le temps de me toucher car une voisine est sortie de chez elle au bon moment. Comme je sais que cela aurait pu être bien pire, j'ai tendance à relativiser cette agression et à me dire que ce n'était finalement pas si grave...


Pourtant, je sais que j'ai tort. 

12 commentaires

  1. Même si t'as pas publié l'article en question, c'est un peu comme si c'était fait avec celui-ci.
    Je vais pas te dire que oui t'as tort de minimiser l'agression parce que tu le sais déjà. C'est la faute à tous les gens et aux médias qui nous apprennent pas que même sans pénétration, c'est une agression sexuelle.
    J'espère qu'un jour tu te diras que t'es légitime d'en parler et que de toute façon tu viens de le faire. On n'a pas besoin de lire les détails pour comprendre ce qui s'est passé donc t'inquiète pas ton message est passé. Et t'es vraiment courageuse, l'oublie pas.

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    1. Merci pour ton message ma belle et pour ton tweet également qui m'a aidée à y voir plus clair !
      Après réflexion, je pense effectivement que les détails ne regardent finalement que moi je pense.

      J'ai encore un peu de mal à voir du "courage" dans la publication de cet article. Merci encore en tout cas <3

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  2. Je pense que tu le publieras quand tu seras vraiment prête. Peut-être dans une semaine, un mois, six, un an, ou dix, mais quand tu seras prête :)

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    1. Après réflexion, je ne suis pas sure que j'ai réellement envie d'étaler les détails à la vue de tous. Je changerais peut-être d'avis un jour.

      Merci pour ton message en tout cas <3

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  3. C'est déjà un grand pas d'en parler comme ça, je trouve ça très courageux. Et les gens ont raison, c'est avant tout pour toi que tu dois le faire, si tu ressens l'envie ou le besoin de partager ça sur ton blog.
    Je ne sais pas trop quoi dire de plus, je ne trouve jamais les bons mots pour toutes ces situations. Mais tu commences déjà à vaincre cette loi du silence !

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    1. Merci Clémentine. Je pense effectivement que j'ai peut-être pas envie que les détails soient étalés comme ça sur mon blog...

      Ton message me fait très plaisir en tout cas <3

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  4. Plein d'amour ma belle. Tu fais ce qui te semble le plus confortable, ce qui te permet de te sentir la plus à l'aise. C'est déjà sacrément courageux d'évoquer le sujet sur le blog, et d'être aussi honnête avec nous. Plein de douces et jolies pensées. <3

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    1. Merci beaucoup Blanche, ton message me touche braiment beaucoup <3.
      Je ne sais pas encore si c'est réellement courageux mais je suis tout de même contente de l'avoir fait.

      Merci encore <3

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  5. Comme certaines l'ont déjà dit avant moi, c'est déjà un pas en avant de réussir à l'évoquer ici, avec nous. C'est "briser la loi du silence" comme tu le dis si bien, c'est dénoncer ces faits qui semblent si banals aujourd'hui. Quasiment chaque jour, je suis choquée du manque de "choquitude" de la plupart des gens vis-à-vis des agressions sexuelles et du harcèlement. Comment en est-on arrivés là, à un tel détachement ?..

    Je ne sais pas comment finir ce commentaire tiens, je vais laisser cette question en suspens, haha. Juste une autre petite chose, ça me fait très plaisir de voir au travers de tes articles, que quelqu'un est aussi engagée que moi dans la défense des droits des femmes, c'est un sujet qui me touche énormément. Je me reconnais souvent dans les articles que tu écris à ce sujet :)

    Voilà voilà, gros bisous ♥
    (et bon courage pour finir ton mémoire haha !)
    Mathilde.

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    1. C'est effectivement choquant de constater que des agressions peuvent être entrées dans le quotidien. Avec tout ce qu'on entend, j'ai moi-même du mal à me considérer comme une victime et j'ai souvent tendance à minimiser ce qu'il s'est passé...

      Je te remercie pour ton message et je suis contente de voir que des lectrices partagent mon avis sur ces sujets d'actualité.

      Plein de bisous ! <3
      (et merci ! Presque la fin !).

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  6. Cet article est déjà un grand pas pour briser cette loi du silence. Tu n'as pas besoin de tout dire, sauf si tu en ressens le besoin, bien sûr, et surtout quand tu te sentiras prête. Cet article se suffit à lui même, comme tout le monde l'a très justement souligner, pour comprendre ce qu'il s'est passé (et j'en suis désolée et t'envoie tout plein de courage et de réconfort d'ailleurs).
    <3

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    1. Merci Blandine, ton message me touche beaucoup <3. Avec un peu de recul, je pense que cet article suffit effectivement et cela m'a fait beaucoup de bien de l'écrire.

      <3 <3

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